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mieuxdisant

Faut-il privatiser nos fonctionnaires et en finir avec l’emploi à vie ?

9 Décembre 2014 , Rédigé par Michel Bougydeval

Imaginez un referendum sur le sujet, avec un taux de chômage de plus de 10% et une exaspération croissante des citoyens face à la puissance publique, le résultat fait peu de doute : deux tiers des français selon un sondage de l’IFOP y seraient favorables.

Depuis dix ans, l'emploi public a augmenté de 11% principalement dû à la décentralisation en raison des transferts de compétences et du recrutement massif (+38%) dans la fonction publique territoriale.

Les effectifs ont augmenté de manière continue: avec plus de 5 millions de fonctionnaires, cela représente aujourd'hui 25 % de l'emploi total, soit près de deux fois la moyenne des pays de l'OCDE et ce pour un cout hors de contrôle : un quart de la dépense publique passe dans leur rémunération. 30% de l'augmentation des dépenses publiques depuis 2006 sont dus aux retraites, cela représente pour le budget 2015 quelques 75 milliards d'euros à la charge de l’état, c’est-à-dire du contribuable.

Malgré l’opacité savamment maintenue par l’administration sur le cout moyen d’un fonctionnaire, différentes approximations réalisées s’entendent sur un ordre de grandeur de 3,5 million d’€, ce qui permet de se livrer à un calcul effrayant : Quand l’ancien maire de Paris a recruté 10 000 fonctionnaires, il a engagé une dépense de 35 milliards d'euros soit plus de 4 fois le budget annuel de la ville de Paris, c’est ce qu’il en coûtera au contribuable parisien à ces héritiers et aux enfants de ces héritiers !

Il y a de quoi comprendre l’agacement du contribuable ulcéré par le matraquage fiscale que l’on essaie vainement de justifier par la nécessité de réduire des déficits abyssaux qui ne diminuent toujours pas.

Alors, faut-il en finir avec l’emploi à vie de nos fonctionnaires, avec ce statut et les avantages qui y sont liés, privilèges que les salariés du privé n’ont jamais eu et n’auront jamais : mutuelles avantageuses, conditions de travail, absence de jour de carence, pensions de reversions, retraite calculée d'une manière économiquement injuste.

Un fonctionnaire a t'il plus de valeur qu'un salarié du privé ? Quelle logique justifie-t-elle de pareilles différences ? Ne serait-il pas plus équitable que tout le monde soit logé à la même enseigne ?

Le statut de fonctionnaire crée en 1946 avait pour objectifs d'instituer en France une fonction publique intègre, compétente et non politisée, c'est-à-dire loyale à l'égard des pouvoirs publics tout en étant à l'abri des pressions politiques ou partisanes.

Et c’est là où le bât blesse, plus personne n’a ce ressenti aujourd’hui, les affaires Cahuzac et autres, « le mur des cons » ont gravement décrédibilisé la fonction publique et provoqué une crise de confiance des français dans la capacité des politiques, magistrats et administrations à gérer le secteur public et les affaires de la France.

Il faut donc revenir aux fondamentaux et faire passer les réformes indispensables pour réorganiser en profondeur la fonction publique en redéfinissant clairement ses attributions, le nombre de fonctionnaires nécessaires et le juste cout à payer pour offrir aux citoyens des services publiques efficaces.

Alors, faisons un rêve : Imaginons que nos politiques dépassent leurs petits calculs politiciens et leurs spéculations sur le nombre de voix que rapportera ou ne rapportera telle ou telle décision.

Décrispons le débat, arrêtons de faire des fonctionnaires et de leur statut nos boucs émissaires, de penser que leur bureaucratie nous pourrie chaque instant de notre vie administrative, qu’ils ne cherchent qu’à préserver ou toujours obtenir de nouveaux avantages et, finalement, qu’il serait juste et équitable qu’ils souffrent et subissent comme beaucoup d’entre nous les affres du chômage ou la crainte d’être licencié.

Nous avons besoin de fonctionnaires de la puissance publique et il est normal qu’ils soient traités différemment car, ne l’oublions pas, ils sont dépositaires de pouvoirs et de responsabilités considérables et ils peuvent interférer directement dans les droits fondamentaux des citoyens, notamment dans le cas de la police, tribunaux, pompiers, hôpitaux, secteur de la défense, service des impôts et autres missions régaliennes.

Alors, offrir un statut spécial pour ces fonctions essentielles de l'État et la protection de l'intérêt général n’aurait rien d’aberrant et serait même souhaitable pour garantir la contrepartie inhérente et indissociable : déontologie et éthique irréprochable du fonctionnaire dans l’accomplissement de sa mission de service publique en agissant dans le respect stricte de la loi, avec impartialité, loyauté et neutralité, sans chercher à acquérir des avantages personnels.

Statut spécial, oui mais cela ne justifie en rien l’obligation de l’emploi à vie. Bien au contraire, la possibilité de licencier pour non-respect de la déontologie attachée au statut spécifique de la fonction est son corolaire indispensable, de la même façon qu’un médecin est rayé de l’ordre pour infraction à l’éthique de sa profession.

Faire du rêve une réalité relève-t-il de la chimère ? Est-il utopique de vouloir s’attaquer au statut des fonctionnaires ? D’autres pays l'ont fait.

En 1993, la Suède a mis fin à l'emploi à vie pour 90% de ses fonctionnaires, la même année l'Italie a adopté une loi similaire, aujourd’hui 85% des agents publics sont des salariés de droit commun et idem au Royaume-Uni.

Le problème est que la France reste un pays de réseaux corporatistes, de lobbies et contre lobbies, de pouvoirs et contre-pouvoirs, qui peuvent déployer une énergie insensée pour empêcher toute évolution.

Notre système politico-administratif nous enferme dangereusement dans une forteresse conservatrice faisant de la France un pays de plus en plus irréformable.

Frustrant car cet immobilisme funeste risque de nous faire passer dans le peloton de queue des mauvais élèves incapables d’appliquer des réformes structurelles archi connus grâce à une pléiade de rapports de qualité jamais mis en œuvre.

À force d’atermoiements, de demi-mesures et de compromissions, le train de la reprise partira sans nous.

Faut-il privatiser nos fonctionnaires et en finir avec l’emploi à vie ?

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